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Europe - 25-11-2007

L'ère du déclin occidental
Par Gamil Mattar
Gamil Mattar est directeur du Centre arabe pour le Développement et la Recherche futuriste
 

Nicolas Sarkozy a-t-il apporté quelque chose à la stature de l'Europe par ses revirements sensationnels allant de la querelle au sarcasme et à sa performance peu conventionnelle ? La réponse à cette question est visible sous de nombreuses formes et sources et elle peut être résumée ainsi : la force et l'influence de l'Occident tout entier – pas seulement la France et l'Europe – baissent.


Sarkozy, avec ses solutions et sa façon de les appliquer en fronçant les sourcils, ne peut pas stopper le déclin, tout comme Blair, avec ses manoeuvres continuelles, n'a pu l'arrêter, au cours des derniers jours de son déclin personnel.

Entre temps, les actions de la Chancelière allemande Angela Merkel et du Premier Ministre italien Romano Prodi ne sont pas autre chose que des efforts menés au pif pour limiter la casse dans leurs propres pays, résultat de la passivité européenne et des échecs successifs de la politique étrangère américaine.


Peu d'observateurs nient maintenant la faiblesse croissante de l'Occident. Et ce n'est pas une hyperbole de comparer la puissance déclinante de l'Occident avec la faiblesse actuelle des Arabes, ni de comparer la façon dont l'Occident voit les Arabes avec la façon dont les Arabes voient l'Occident.

La plupart des Arabes considèrent que l'Occident est tyrannique et raciste, alors que la plupart des Occidentaux voient les Arabes, et les Musulmans en général, comme une armée avançant furtivement, levée pour la destruction de la culture et la civilisation occidentales. Dans les deux cas, la source réelle et l'élan moteur de la crainte de l'autre résident dans la conscience de chaque bord de sa propre faiblesse.

Deux facteurs ont mis le déclin de l'Occident en branle. Le premier est que le pouvoir dirigeant de l'Occident, la superpuissance unique du monde, a échoué bien plus lamentablement en Irak que les médias et les politiciens occidentaux veulent bien le reconnaître. Le second est que l'Europe continue à mener des politiques qui manquent de substance, de discernement et de force constructive indépendantes.

L'influence de l'Europe a largement décliné à cause des politiques qui subordonnent l'Europe aux Etats-Unis. Soit parce qu'elles sont inspirées par un besoin perçu de camouflage ou de protection, ou par l'empressement à ne pas assumer sa part de responsabilité dans la sécurité et la stabilité internationales en laissant les rênes de la direction du monde aux seuls USA, ces politiques ont donné naissance aux tendances les plus aveuglément partiales et/ou opportunistes.

Ce qui est pire, pour l'Europe, est que ces tendances ne sont pas motivées par un quelconque sens des intérêts collectifs européens, et encore moins par le bien-être de la communauté internationale et la paix mondiale.

L'Europe a montré très clairement ce parti pris en Palestine, en Irak, en Iran et au Liban. Même les analystes européens reconnaissent que l'Europe a perdu beaucoup de sa force morale et de sa capacité à influencer les événements dans ses régions sensibles parce qu'elle a choisi de s'accrocher aux basques de l'Amérique et, en conséquence, d'adopter le parti pris américain en bloc.

Ils suggèrent qu'elle aurait pu préserver un peu de son prestige et de son influence, pour l'établissement et le renforcement desquels elle s'est tellement dépensée au cours des siècles, si elle n'avait pas suivi l'exemple américain de manière aussi obséquieuse, si par exemple elle avait été aux côtés des USA sur tel dossier mais pas sur le prochain, ou si elle avait montré un semblant d'indépendance dans la gestion des questions relatives à cette région au lieu d'agir comme subalterne et béni-oui-oui de l'Amérique.


Au moins aux yeux du monde arabe et islamique, l'Europe et les USA ne font qu'un. Ils ont commencé lorsque l'Europe n'a pas réussi à s'élever pour la défense du système de valeur occidental lorsque celui a été soumis aux coups de boutoir de la direction néo-cons de Washington.

Ils n'ont fait qu'un lorsque l'Europe est passée de son engagement pour la sécurité d'Israël au mimétisme instinctif de l'approbation américaine à chaque décision et action israéliennes, glissement qui s'exprime dans la réaction européenne à la campagne systématique de privation de nourriture, de terreur et de meurtre orchestrée contre les Palestiniens de Gaza, à la décision d'envoyer les réfugiés palestiniens d'Irak vers l'Amérique du Sud au lieu de leur patrie originelle en Palestine, et à l'attaque aérienne israélienne contre la Syrie via l'espace aérien turko-cypriote.

On sait bien sûr pourquoi les USA et Israël s'opposent avec autant d'acharnement aux Arabes et aux Musulmans en général. Mais il est difficile de comprendre pourquoi les pays européens devraient s'aligner, en particulier quand on voit la haine montante dans cette région contre les USA pour l'identification de ses politiques avec les politiques israéliennes et quand on voit combien l'Europe paie pour les conséquences de son association avec ces politiques. Au Liban par exemple, la stature de la France, et par extension de l'Europe, s'est effondrée à un niveau sans précédent.

On ne peut que se demander également si l'Europe réalise dans quel danger elle a placé ses soldats stationnés sur ces lignes de front résultant des bévues de la politique étrangère américaine au Liban.

Comme on peut aussi se demander si l'Europe réalise les conséquences qu'elle aura à subir dans l'éventualité d'une attaque américaine, ou israélienne, ou américano-israélienne, contre l'Iran. Dans ce cas, on suspecte que oui et on peut penser qu'elle se tiendra à distance de politiques aux résultats désastreux aussi retentissants.

Sans tenir compte des motifs américains pour attaquer l'Iran – des motifs qui sont pour une large mesure inspirés par Israël, comme ce fut le cas pour l'invasion de l'Irak – en appuyant un tel schéma, l'Europe mettrait inutilement en danger ses nombreux soldats en Afghanistan, au Liban et en Irak et cela pourrait être bien pire si la vengeance iranienne et islamique s'étendait aux villes européennes.

En Europe, les hommes politiques croient que l'ordre international est toujours unipolaire, avec les USA, seuls, à la barre. Des analystes et experts en science politique suggèrent que la réalité est un peu différente. Timothy Garton Ash, par exemple, soutient que le monde est maintenant multipolaire, et l'Europe est un de ces pôles.

Pourtant, il est peut-être un peu prompt dans son jugement. Quelle que soit la vitesse avec lesquelles elles s'élancent vers le sommet, la Chine et la Russie font attention à ne pas pousser trop prématurément vers la création de sphères d'influence ni de déranger les équilibres internationaux d'une façon qui entraînerait un Washington déjà irréfléchi et borné vers une folie encore plus grande.

D'autres considèrent qu'alors que l'Europe aurait pu devenir un pôle majeur dans un ordre multipolaire, elle a refusé cet honneur. L'Europe est qualifiée parce qu'elle produit un quart de la production mondiale, elle offre 26 modèles de gouvernements démocratiques pluralistes, elle est le premier donateur d'aide au monde, et pour beaucoup de peuples, elle est toujours un phare sans rival de la civilisation contemporaine et des standards moraux.

Il semble que ce ne soit pas comme ça que l'Europe se perçoive elle-même. Une qualité forte en Europe a été très encouragée par les erreurs de Bush et de sa politique étrangère désastreuse.

Dès que l'Europe est accusée de récession ou de résultats pauvres, les dirigeants européens pointe Washington. On n'est plus très loin du déclin de l'administration Bush et l'Europe devra alors s'arranger avec une réalité douloureuse : un monde sans les erreurs meurtrières de Bush et une Amérique légèrement différente, une Amérique qui a besoin d'un vrai partenaire, pas d'un lèche-bottes.

L'Europe devrait déjà commencer à se préparer à une nouvelle phase dans laquelle elle poursuivrait des politiques proportionnées au statut pour lequel elle est qualifiée.

Les gouvernements européens devraient coordonner leurs politiques étrangères, sinon les unifier. Ils pourraient se doter d'une force de défense crédible, car il est difficile de concevoir que quelqu'un en Europe ou au dehors pourrait penser compter sur une force de défense européenne alors qu'il doit louer des avions de transport militaire en Ukraine lorsqu'il veut envoyer ses troupes en Afghanistan, dans les Balkans ou ailleurs, et tant que l'Europe reste un consommateur de sécurité et non un producteur de sécurité.

Lorsque l'Europe créera vraiment une force de défense indépendante et coordonnera ses politiques étrangères, elle sera alors capable de dire à Israël que s'il n'arrête pas de construire des colonies dans les territoires palestiniens occupés, les entreprises européennes ne lui fourniront plus les produits essentiels. Elle sera en mesure de réinstaurer sa crédibilité de l'autre côté de la Méditerranée, auprès de peuples qui sont avides d'une relation civilisée avec les gouvernements européens.

L'Europe pourra stopper le déclin de l'Occident si elle retrouve confiance dans sa capacité à dire "non" à Washington et à Israël.
  Source : Al-Ahram  
  Traduction : MR pour ISM  
     
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